Celebration, Florida

Hier la mairie de Paris donnait sur le Champ de Mars un concert suivi d’un feu d’artifice pour marquer le 14 juillet. Je fais partie de ceux qui sont assez âgés pour avoir connu les célébrations sarkozystes de la fête nationale, qui nous imposaient un Johnny Halliday aussi fatigué que la pelouse et aussi imbibé que les spectateurs. On ne peut donc que se rejouir de la programmation d’hier, qui certes tenait un peu de la compilation des Victoires (sic) de la musique classique mais qui ferait presque oublier la mauvaise soupe qu’on sert le 21 juin, et ne pas remarquer que le chef d’orchestre aurait quand même pu prendre une douche.

Mais il y eut le feu d’artifice. Personne ne songerait à remettre en question le talent manifeste des artificiers, pour la composition, pour le raffinement, pour la couleur, mais enfin chacun a bien vu aussi que tout cet art tournait déséspéremment à vide, sans le moindre propos, à part l’enchaînement de tubes pour radios généralistes ou de bandes originales de film. Skyfall (sic), le dernier Empereur (re-sic), E.T l’extraterrestre (re-re-sic) voilà la seule chose que la mairâtre de Paris et sa queen-adjointe à la culture ont donc à nous dire sur la fête nationale ? Pardon mais c’est exactement ce qu’on aurait pu voir à Celebration, la ville Disney pour retraités. Il y a bien eu un intermédiaire publicitaire bleu blanc rouge pour la République, mais il était rendu insoutenable par une version atroce de la Marseillaise qui justifierait de faire couleur le sang de ses concepteurs. Il y eut le passage obligé sur l’Afrique, avec quelques singles estivaux, mais on a oublié de tirer des fusées rouges comme le sang des migrants morts sur les côtes de l’Europe ne provoquant que notre agacement. La mairie de Paris aurait sans doute choisi de passer le Roi Lion, mais elle avait déjà épuisé son budget avec Amblin Entertainement.

Pour nous ceux qui ont connu l’intransigeance idéologique de la gauche sur la relativité des valeurs, sur leur nécessaire déconstruction, sur la vacuité des libertés formelles et la dénonciation des principes républicains comme de purs instruments de domination, on ne peut manquer d’exploser de rire à voir qu’arrivée au pouvoir, elle ne propose en lieu et place de toutes ces idoles dont elles nous aurait libérés, que du Hollywood sans le moindre second degré.

Mais bientôt, sublime avenir radieux, les travailleurs et les travailleuses, après avoir vibré dans l’espace public sur la Reine des Neiges, rejoindront le grand geste architectural du XXIème siècle de gauche : une tour de bureaux (certes triangle), pour une somme anecdotique (car le premier commandement de la politique socialiste est de baisser le coût du travail) et le feu d’artifice racontera peut être ces temps obscurs où l’économie française était encore entravée par la sécurité sociale et le code du travail, alors qu’elle aurait dû se réjouir avec Mickey.

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